La semaine de 4 jours

La semaine de 4 jours fait sa rentrée

Après l’extension du télétravail et du coworking, c’est au tour de la semaine de 4 jours de faire sa rentrée. Cette nouvelle façon d’organiser les heures de travail semble séduire de plus en plus. Elle commence à être testée en Suisse.

En quoi consiste la semaine de 4 jours ? Quels secteurs seront impactés ? Quand est-ce avantageux ? Quelles mises en œuvre peut-on envisager ?

Sommaire :

 

Les origines de la semaine de 4 jours

Les discussions autour de la semaine de 4 jours ne datent pas d’hier. Elle était déjà évoquée en France par Jacques Delors dès les années 1990.

Le but est de concilier vie professionnelle et vie privée et d’éviter l’épuisement issu d’un rythme de travail exigeant. Cette proposition est restée en suspens pendant des années, la pandémie de Covid-19 l’a relancée.

En effet, les confinements et le développement du télétravail ont montré qu’il était possible de travailler autrement. La semaine de 4 jours devient d’actualité.

 

Quels objectifs pour la semaine de 4 jours ?

Les objectifs sont nombreux et ambitieux. Le premier d’entre eux est d’améliorer le bien-être, permettre aux travailleurs de passer moins de temps au travail.

Selon son application, le deuxième objectif est le partage du temps de travail. L’idée étant d’employer davantage de salariés qui se partagent la semaine de travail. Ainsi, on augmente le nombre d’emplois et le nombre de personnes qui cotisent aux assurances sociales.

Des séquences de travail plus espacées permettent par ailleurs d’augmenter la productivité. Ainsi, la semaine de 4 jours contribue à dégager du temps libre supplémentaire et mieux travailler, plus vite.

Également, les entreprises avec des périodes d’activité variables (intenses sur certains jours et moindres sur d’autres) pourraient condenser les heures de travail sur les périodes d’activité.

Sur le papier, la semaine de 4 jours présente de nombreux avantages. Néanmoins, son application laisse encore perplexe.

 

Une petite musique du passé

Dans la liste des objectifs de la semaine de 4 jours, il y en a un qui n’est pas nouveau. L’objectif du partage du temps de travail est à nouveau brandi pour encourager cette pratique.

Cela nous rappelle le passage à la semaine des 35 heures que la fille de Jacques Delors, Martine Aubry, avait imposé aux entreprises françaises dans les années 90.

Aujourd’hui, des analystes et de nombreux chefs d’entreprise soulignent que cette mesure a contribué au déclin de l’industrie française et à des dysfonctionnements majeurs dans les administrations, les hôpitaux etc.

Elle aurait particulièrement bénéficié aux cadres et beaucoup moins aux salariés affectés aux tâches ingrates. Cette expérience aux résultats mitigés montre que la réussite d’une telle mesure dépend de sa mise en œuvre.

 

Qu’est-ce que ça change ?

La semaine de 4 jours n’est pas définie par la réglementation du travail. L’absence de législation permet des applications différentes. Proposer ou non la semaine de 4 jours ainsi que les modalités d’application dépendent donc de la volonté des entreprises.

Le premier point à retenir est que la semaine de 4 jours préserve le niveau de salaire. Passer de 5 jours de travail à 4 jours se fait à salaire identique.

Deux modalités d’application sont testées en Suisse :
– Travailler 10h par jour et donc conserver le même temps de travail hebdomadaire avec une durée plus longue par jour.
– Travailler 32h sur 4 jours et donc diminuer le temps de travail, mais garder la même charge de travail, le même nombre de tâches.

Dans les deux cas, la charge de travail reste elle aussi la même. Le travailleur conserve donc les mêmes tâches mais dispose de davantage de flexibilité dans la manière dont il les effectue.

 

Quels travailleurs concernés ?

En principe, tous les secteurs peuvent être concernés par la semaine de 4 jours.

Néanmoins, les sites de production industrielle organisés avec 3 tours de 8 heures (les 3 x 8) ne peuvent modifier la durée de la journée de travail.

Les activités à haute pénibilité ne sont pas concernées. En effet, dans ce contexte, ajouter deux heures de travail supplémentaires par jour peut augmenter les accidents du travail. A contrario, le secteur des services et les administrations pourraient les appliquer.

Les employés du secteur privé qui travaillent déjà plus de 10 heures par jour (informaticiens, cadres etc) auraient intérêt à passer à la semaine de 4 jours. Elle leur permettra de respirer un jour de plus.

Les employés à temps partiel à 80% pourraient aussi en bénéficier.

 

Semaine 4 jours et temps partiel… combinaison gagnante ?

Comme nous l’avons mentionné dans nos articles sur les évolutions du travail, le temps partiel n’est pas toujours une bonne affaire pour le salarié.

Il doit souvent faire une masse de travail équivalente à un temps plein, alors qu’il n’est payé que 80% de son salaire. Faire des heures supplémentaires n’est pas exclu… qui seront non rémunérées s’il est cadre. Également, le salarié ne bénéficie que de 80% des congés payés. Sa prime annuelle, quand elle existe, est souvent rognée.

Les mères de famille qui ont choisi un temps partiel à 80% se plaignent souvent sur le Forum “Welcome-Suisse” que cette absence un jour par semaine limite leur progression dans la hiérarchie de l’entreprise. Des réunions importantes sont agendées le mercredi, jour préféré des jeunes mamans. Elles n’ont pas le temps de cultiver leur réseau dans l’entreprise, d’échanger à la machine à café…

Toutefois, une semaine de 4 jours alignerait tous les employés sur le biorythme de travail du temps partiel à 80% rémunéré à 100%. Finies les employées péjorées par le temps partiel à 80%.

D’autant plus que les pères de famille auront aussi le temps de garder les jeunes enfants un jour par semaine.

 

Les avantages et les inconvénients

Les retours des travailleurs qui ont testé ce rythme de travail sont plutôt bons. Que ce soit en Suisse, au Royaume-Uni ou en France, les sondages sont encourageants.

L’organisation 4 Day Week regroupe d’ailleurs un grand nombre de recherches académiques en faveur de ce mode de travail.

Pourtant, la semaine de 4 jours est encore très peu répandue. Que ce soit pour des raisons pratiques ou à cause de son application.

Nous avons vu que la semaine de 4 jours présente des avantages pour des catégories d’employés mais qu’elle n’est pas pertinente pour certaines professions.

Néanmoins, l’actuelle pénurie de main-d’œuvre pousse les entreprises à innover en matière de conditions d’emploi. Faire preuve de flexibilité sur les heures de travail peut être un avantage concurrentiel pour une entreprise.

 

Semaine de 4 jours, dévalorisation du travail ?

Pour ce qui est des inconvénients de la semaine de 4 jours, on peut citer un inconvénient commun avec la semaine de 35 heures.

A partir du moment où une heure de travail d’un salarié X est considérée équivalente à une heure de travail d’un salarié Y, les heures ne sont plus différenciées. De même, il n’y a pas de différenciation quand une heure de travail parmi 8 heures d’une journée correspond à une heure de travail parmi 10 heures d’une journée.

Ne pas différencier les heures mène à ce que les employés qui effectuent ces heures ne soient plus différenciés. Le travail est valorisé au seul temps passé, pas par l’employé qui le réalise. Le travail est donc dévalorisé.

Une heure de travail en Suisse correspond alors à une heure de travail en Inde. Pas sûr que ce soit une bonne affaire pour les salariés suisses. Nous avions déjà souligné que le développement du télétravail pouvait accélérer les délocalisations. La semaine de 4 jours présente le même risque.

 

En Suisse

En Suisse, la semaine de 4 jours a récemment été mise en place dans divers secteurs :

L’administration communale de Zurich est en train de tester la semaine de 4 jours avec une durée de 35 heures par semaine.
Une start-up vaudoise en maintenance informatique teste également cette formule depuis un an.
L’entreprise d’électronique Bichler + Partner AG ont également donné à leurs employés la possibilité de travailler 4 jours par semaine, en conservant la durée hebdomadaire de 40h par semaine.

La restauration offre aussi de plus en plus cette possibilité aux employés.

 

Opportunité pour le télétravail des frontaliers

Une semaine de 4 jours réduit la contrainte du télétravail des frontaliers qui résident en France et qui travaillent en Suisse. En effet, la réglementation les oblige à ne pas télétravailler plus de 40% depuis la France (2 jours par semaine maximum). Avec une semaine de 4 jours, cette limite passe à 1,6 jours.

A première vue, cela ne permet pas de réduire le nombre de trajets domicile-travail d’une semaine. Néanmoins quand les calculs sont cumulés sur deux mois, la semaine de 4 jours permet de réduire 3 aller-retour par rapport à une semaine de 5 jours.

En effet, à une semaine de 5 jours correspondent 2 jours de télétravail hebdomadaires. Pour deux mois cela correspond à 16 jours de télétravail et 24 jours en Suisse.

A une semaine de 4 jours correspondent 1,6 jours de télétravail. Pour deux mois cela correspond à 12,8 jours en télétravail et 19,2 jours en Suisse.

Pour les frontaliers adeptes du télétravail, sur deux mois, passer à une semaine de 4 jours permet de réduire le nombre de trajets domicile-travail de 24 à 19,2. 2 trajets aller-retour par mois, ce n’est pas rien !

 

En France

La CGT en France a rejeté l’idée d’une semaine de 4 jours avec autant d’heures de travail qu’une semaine à cinq jours.

Selon le syndicat CGT, la forme selon laquelle elle est proposée est en effet très importante. Une semaine de 4 jours à 40h oblige à faire de plus “grosses” journées. Elles peuvent être une source de surmenage. Toutefois, ces craintes d’une augmentation du stress chez les travailleurs sont jusque-là contredites par le sondage Robert Half sur le sujet.

La première ministre française Elisabeth Borne a elle aussi émis des doutes quant à la possibilité de légiférer sur la semaine de 4 jours. On peut la comprendre car la mise en œuvre des 35 heures est loin d’avoir fait l’unanimité dans les milieux économiques français. Une partie de l’opposition souhaite son abrogation.

 

Différentes mises en œuvre

Il est néanmoins possible pour un gouvernement de faciliter l’application de la semaine de 4 jours. L’Espagne a notamment lancé un programme pour encourager les entreprises à la proposer à leurs salariés.

En Suisse, le principe de la liberté de contractualiser est intangible. Plutôt que d’inciter au développement de la semaine de 4 jours, on peut s’attendre à ce que les autorités suisses laissent les entreprises et les employés s’entendre sur les modalités de mise en œuvre de la semaine de 4 jours.

Selon les secteurs, elle pourra s’intégrer dans les conventions collectives de travail CCT. Il est peu probable qu’une législation obligatoire soit produite à ce sujet.

La semaine de 4 jours peut donc contribuer à offrir plus de flexibilité aux travailleurs et à diminuer les risques de burn out. Pourtant, elle ne peut être appliquée à tous les secteurs d’emploi, ce qui crée d’importantes inégalités. Elle entraine aussi une dévalorisation du travail qui pourrait mener à des délocalisations massives. Un bilan contrasté qui laisse penser qu’appliquer la semaine de 4 jours peut être une bonne idée dans certains cas… et une très mauvaise dans d’autres.

 

Notre dossier : Suisse et Europe

 

About the author

Étudiante en science politique à l'université de Genève, Léa vit en France et s'intéresse particulièrement aux problématiques frontalières. Elle souhaiterait par la suite se spécialiser dans la communication et les médias.

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Commentaires

  1. Bonjour à tous et à toutes,

    À l’occasion de la rentrée, nous vous proposons une réflexion autour de la semaine de 4 jours. Sa résurgence en Espagne, en Angleterre mais aussi en Suisse nous pousse à nous interroger sur ce mode de travail.

    Qui est concerné par cette mesure ? Quels sont ses buts ? Quels sont ses résultats ? Notre nouvel article répond à ces questions.

    Bonne lecture !

  2. Je trouve très bien de bosser pendant 4 jours, 10 heures de suite. Ça fait le même nombre d’heures et tu as 3 jours d’affilés de vacances.

  3. Avatar for Saklo Saklo says:

    Ça ne passera jamais en Suisse on a déjà refuser les 5 semaines de vacances obligatoires…

    Il ne faut pas oublier que c’est la Suisse allemande qui dicte les votations pas les romands

  4. Avatar for Peg Peg says:

    Bonjour

    Si c’est un métier pénible, 40 ou 42 heures sur 4 jours risque d’être difficile.

    C’est juste mon avis

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