L’intérim en Suisse

Pièce centrale du puzzle, l'intérimaire remplace ou vient apporter son expertise

Qu’est-ce que l’intérim ? Pour le dire simplement, un intérimaire est une personne employée temporairement par une entreprise, généralement par le biais d’une agence d’intérim.

Quelle place l’intérim a-t-il en Suisse ? Pourquoi devenir intérimaire ? Dans quels secteurs les intérimaires sont-ils les plus recherchés ? Dans cet article, nous allons répondre à ces questions sur le statut d’intérimaire.

Il est suivi d’un deuxième article “Comment devenir intérimaire en Suisse ?”

Sommaire :

 

Avantages de l’intérim pour l’employé et l’employeur

L’intérimaire est engagé pour une durée déterminée et peut être appelé à travailler dans différents secteurs ou entreprises en fonction des besoins.

A l’origine, son rôle principal était d’assurer la continuité du travail et de contribuer à la flexibilité de la main-d’œuvre dans le contexte de l’emploi à court terme. Ensuite, ce rôle a évolué, des intérimaires apportent maintenant des expertises spécifiques (comme dans le secteur de la santé).

Incontournable pour les entreprises ces dernières décennies, l’intérimaire a en effet su se faire sa place dans le monde du travail. Le statut d’intérimaire convient à ceux qui n’apprécient pas occuper le même poste trop longtemps. Dans certains secteurs, l’intérim est aussi une porte d’entrée pour une embauche avec un contrat à durée indéterminée.

 

L’intérim en Suisse

En Suisse, le travail temporaire est largement utilisé. En 2021, on comptait 7040 agences de placement présentes dans la Confédération.

Ces agences permettent aux intérimaires de postuler à des missions. Elles peuvent aussi leur en proposer. Ce sont en quelque sorte le lien entre le travailleur et l’entreprise.

Avec un taux de chômage très bas, les offres de travail helvétiques sont nombreuses. L’intérim abaisse la barrière d’entrée sur le marché du travail. L’employeur s’engage sur une durée courte. Sa décision d’embaucher pourra donc être rapide.

Cette vitesse augmente l’opportunité donnée aux salariés comme aux employeurs de trouver ce qu’ils cherchent. L’intérim contribue au dynamisme du marché de l’emploi en Suisse.

L’intérim est largement utilisé dans les secteurs de la construction, de la santé et de l’industrie. Il s’est aussi développé dans le secteur de services pour absorber des pics d’activités. Il commence à être utilisé en Suisse dans le secteur informatique.

 

Employés et intérim

La réglementation suisse permet l’embauche sans contrepartie par l’entreprise où le personnel est placé. L’intérimaire suisse peut donc considérer avoir l’opportunité de montrer ses compétences en vue d’une embauche future.

Dans ce cas, l’employé aura l’opportunité de montrer son expertise avant de débuter la négociation de son contrat d’embauche.

Il aura eu le temps de recueillir des informations internes qui lui seront utiles pour identifier le service, l’équipe qu’il convient de rejoindre. Cela lui permettra aussi de collecter des informations sur les avantages et les niveaux de rémunération de l’entreprise.

Attention néanmoins pour les intérimaires qui n’ont pas d’expérience du travail en Suisse. Il y est interdit de divulguer sa rémunération. Cette information est confidentielle, partagée entre l’entreprise et l’employé.

L’intérimaire serait donc bien mal avisé de demander la rémunération de ses collègues. La pêche aux informations requiert de la subtilité.

 

Employeurs et intérim

Le statut d’intérimaire est avantageux pour les employeurs. Tout d’abord, les démarches administratives sont moins lourdes que pour une embauche fixe.

Ensuite, elles permettent notamment de trouver un employé plus rapidement. Le travail temporaire permet également de cibler des compétences et des expériences spécifiques qu’il ne sera pas nécessaire de former en interne.

Enfin, elles permettent de bénéficier d’un support “au pied levé” en cas d’une augmentation temporaire d’activité. Pour finir, l’intérim permet aussi d’identifier et de choisir les futurs collaborateurs à qui une embauche sera proposée.

 

Réglementation de l’intérim

L’activité des agences d’intérim suisses s’appelle la location de services. Ces agences doivent donc respecter la réglementation de la location de services.

L’intérimaire n’est pas employé par l’entreprise dans laquelle il travaille. Il est employé par l’agence d’intérim qui le place chez son client. Embauché par l’agence d’intérim, il bénéficie donc de la protection sociale de l’agence d’intérim.

La majorité des agences d’intérim sont affiliées à l’association SwissStaffing. Cette association a créé un cadre réglementaire qui protège les intérimaires. Ses membres doivent appliquer la convention collective du travail CCT Location de Service. Elle assure effectivement une meilleure couverture sociale, des salaires minimaux, une subvention pour la formation continue.

Dans ce cadre, les agences d’intérim et les employés participent au financement de la formation continue. Une cotisation « formation » est prélevée du salaire de l’employé. Cette cotisation donne le droit de s’inscrire à une formation. Plus l’intérimaire accumule des heures de travail dans l’année, plus son droit à la formation est élevé.

Elle se matérialise par une somme (qui peut s’élever à 5’000 francs) pour participer aux frais de formation dans un organisme agréé. Il est fortement conseillé à l’intérimaire d’utiliser cette subvention pour actualiser sa formation, valoriser son CV et trouver d’autres missions.

Ainsi, comme nous l’avons déjà souligné dans l’article, en matière contractuelle l’agence d’intérim ne peut pas s’opposer à l’embauche de son employé intérimaire par l’entreprise auprès de laquelle il est placé. C’est une opportunité fréquente qui se présente aux intérimaires.

De plus, la couverture sociale que l’agence d’intérim applique à son employé doit être au moins similaire à celle de l’entreprise où celui-ci travaille.

 

Protection sociale des intérimaires

Avant la mise en place de la convention collective de la location de service, les intérimaires n’étaient pas toujours bien couverts en matière d’assurances sociales. Désormais, les choses ont changé. Un travailleur intérimaire bénéficie maintenant des mêmes protections sociales que les autres travailleurs.

En effet, ces dernières lui sont assurées par son agence d’intérim. Il convient de vérifier qu’elle est soumise et applique la convention collective de la location de service.

Comme les autres travailleurs, l’intérimaire est protégé pour :
– l’accident du travail, professionnel et non professionnel
– la continuité du paiement du salaire en cas de maladie
– la retraite, le congé maternité et maintenant le congé paternité…

Par ailleurs, Il contribue avec l’employeur à la plupart de ces cotisations. Néanmoins, les nouveaux intérimaires qui viennent de l’étranger doivent noter que l’assurance maladie qui est couverte par l’employeur dans un certain nombre de pays européens, ne l’est pas en Suisse.

Le sujet est détaillé dans le deuxième article “comment devenir intérimaire en Suisse”.

 

Pénurie de main d’œuvre qualifiée et intérim

Comme précédemment évoqué, la Suisse a un taux de chômage très bas comparé à ses voisins européens. Certains secteurs peinent donc à trouver de nouveaux employés.

Pour donner quelques chiffres, l’étude sur le marché du travail suisse 2022 de l’agence d’intérim Adecco note une augmentation de 23% des offres d’emplois par rapport à l’année précédente. Par ailleurs, certains secteurs sont particulièrement concernés. Par exemple la vente, l’administration, l’hôtellerie et la restauration.

Pour combler cette pénurie, la flexibilité de l’intérim permet de faire entrer sur le marché des travailleurs expérimentés. Notamment ceux qui ne peuvent pas s’engager à plein temps ou sur de longues durées (mères de famille avec enfant en bas âge, senior).

Dès 2014, l’association Swiss Staffing avait d’ailleurs évalué le potentiel d’entrée sur le marché du travail de 95’000 seniors de 65 à 70 ans grâce au cumul de l’intérim et du travail à temps partiel. Par exemple, l’augmentation du taux d’activité en préservant la flexibilité permettrait l’entrée sur le marché de 65’000 mères de familles.

Cependant, cela reste insuffisant. Dans les secteurs comme la santé ou la restauration, la main-d’œuvre frontalière est largement sollicitée pour compenser la pénurie.

 

Frontaliers et intérimaires

L’intérim a aussi un intérêt particulier pour les travailleurs frontaliers. En effet, 74% des travailleurs intérimaires en Suisse étaient des étrangers en 2019. Ces contrats temporaires donnent l’opportunité de découvrir le marché du travail Suisse, ils permettent de trouver leur premier emploi en Suisse et de renforcer leurs CV par ces expériences.

Pour l’entreprise chez qui il est placé, la charge administrative est identique pour initier une mission d’un intérimaire résident ou d’un intérimaire frontalier. Les démarches administratives de déclaration et d’obtention du permis de travail sont prises en charge par l’agence de placement.

 

Missions d’intérim et inter-missions

L’intérimaire signe un contrat cadre avec l’agence d’intérim. Comme son nom l’indique, ce contrat cadre définit le cadre des futures missions. Il ne lui garantit pas de mission chez un client. Lorsqu’une mission sera trouvée, un contrat de mission spécifique sera signé.

Dans la durée du contrat cadre, entre deux missions, il y a une période d’inactivité sans rémunération. C’est l’inter-mission. Certains intérimaires ont choisi l’intérim pour justement disposer de périodes d’intermission. Cependant, d’autres subissent les intermissions avec la perte de revenu qui va avec.

La protection sociale du chômage vient alors compenser la perte de revenu. L’intérimaire suisse aura vite fait de s’habituer aux déclarations auprès de l’Office de l’emploi. Pour l’intérimaire frontalier, les déclarations seront plus complexes puisque dans son cas, le chômage est versé par la France. De plus, chaque nouvelle mission après une intermission ouvre le droit d’option du choix d’assurance maladie. Cela impose une déclaration spécifique (voir ci-dessous).

 

Pérennité de l’intérim pour l’employé

Faire de l’intérim c’est avoir accès à des missions qui ne se ressemblent pas. Ces missions diffèrent selon les secteurs d’activité, selon les entreprises.

Cette diversité est un atout pour le secteur. Elle permet d’acquérir rapidement de l’expérience. Des employés se satisfont de ce fonctionnement avec des périodes d’activité entrecoupées d’inter-missions ou de changements d’entreprise. Ils resteront intérimaires.

Pour d’autres, l’intérim est un point de passage avant un recrutement. C’est d’ailleurs une façon de tester un candidat, de savoir s’il répond aux exigences du poste. Les secteurs concernés par ce type de contrats sont souvent ceux du luxe, du médical, de l’horlogerie. En effet, ce sont des secteurs qui nécessitent une grande expertise.

En outre, ce type de contrat y est assez répandu. D’une certaine manière, il s’agit d’une période d’essai, pouvant durer plusieurs mois. L’employeur s’assure ainsi d’avoir trouvé le bon employé, l’employé s’assure avoir trouvé le bon poste.

Aussi, nous avons souligné que des experts peuvent maintenant choisir l’intérim. Certains ne souhaitent pas être embauchés. Détenteurs d’expertises reconnues (santé, informatique…), ils sont assurés de trouver des missions par eux-mêmes. Ils choisissent alors le “portage salarial”.

L’entreprise qui les emploie leur assure le cadre contractuel nécessaire à la collecte des cotisations sociales et de la fiscalité. L’entreprise de portage ne s’occupe pas de la recherche de missions. La commission prise par l’entreprise de portage est donc réduite par rapport à la prestation de l’agence d’intérim qui, elle, trouve les missions. En effet, le succès du “portage salarial” auprès des acteurs de la santé et de l’informatique ont amené des grands groupes d’intérim suisses à créer des filiales spécialisées sur le portage salarial.

 

L’intérim dans les secteurs traditionnels

Dans les secteurs du BTP, de la restauration mais aussi de l’hôtellerie, l’intérim est un incontournable. Par ailleurs, les contrats proposés peuvent être majoritairement temporaires.

En effet, les travailleurs sont sollicités pour une courte période, un chantier, un événement, et sont ensuite libérés. Dans ce cadre, l’intérim s’impose comme étant une bonne solution pour chacun, moins contraignant que le travail “fixe”.

Le commerce de détail est notamment l’un des secteurs qui souffre actuellement. Il a souvent besoin de travailleurs temporaires pour gérer les périodes de suractivité, de soldes, de fêtes..

 

Secteur de la santé et intérim

Avant même la pandémie, la pénurie de personnel était particulièrement déplorable dans le secteur de la santé. Depuis, la situation ne s’est pas améliorée.

Alors, les hôpitaux suisses font de plus en plus appel aux intérimaires pour combler les manques de personnel soignant. Faute de mieux, cette solution temporaire et exceptionnelle perdure. Elle semble finalement répondre aux contraintes budgétaires et opérationnelles des hôpitaux et des EMS.

Ils attirent tellement de professionnels de la santé frontaliers que les établissements de soins français s’en plaignent car eux aussi manquent gravement de personnel. Pour pallier à ce problème, la Confédération a lancé un vaste plan de formation. Cependant, l’intérim sert à contourner la promesse de ne plus engager de soignants français déjà en emploi faite par les HUG. Une situation pour le moins complexe qui sera abordée par Emmanuel Macron durant sa visite à Berne.

 

Informatique et intérim

Enfin, l’informatique est un autre secteur où la pénurie de personnel est importante.

Par le passé, les entreprises embauchaient leurs informaticiens. Les contraintes budgétaires et la nécessité de renouveler régulièrement les technologies utilisées les ont amenées à faire différemment. Désormais, les entreprises complétent leurs équipes internes avec des employés externes placés par des société de service (SSII, ESN). Elles ont aussi sous traité partie de leur informatique à l’étranger (Inde, Ukraine, Pologne).

Au fil du temps, ces options ont présenté des inconvénients. À la fois pratiques et réglementaires. En somme, la nécessité de disposer aussi de ressources locales flexibles donne maintenant des opportunités à des experts du développement en Portage salarial. Les intérimaires profitent également de ces opportunités pour des interventions d’infrastructure, réseau, système.

 

La suite : « Comment devenir intérimaire en Suisse ? »

Dans notre prochain article, « Comment devenir intérimaire en Suisse ? » nous détaillons 5 étapes pour devenir intérimaire en Suisse.

Nous répondons aux questions : qui peut être intérimaire ? Comment devenir intérimaire ? que faire après la mission d’intérim ?

Bonne lecture !

 

Notre dossier : Travail en Suisse

About the author

Étudiante en science politique à l'université de Genève, Léa vit en France et s'intéresse particulièrement aux problématiques frontalières. Elle souhaiterait par la suite se spécialiser dans la communication et les médias.

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Commentaires

  1. Bonjour à tous et à toutes,

    L’intérim ou autrement dit, le travail temporaire, prend une place de plus en plus considérable dans le marché du travail. Avec son taux de chômage très bas, la Suisse a tout intérêt à faire appel à des intérimaires dans plusieurs cas de figure.

    Qu’est-ce qu’un intérim ? Quelle est la réglementation en Suisse ? Dans quels secteurs est-il le plus souvent employé ?

    Nous répondons à ces questions dans notre nouvel article L’intérim en Suisse. Il est suivi d’un deuxième article : Comment devenir intérimaire en Suisse ?, qui vous donne quelques conseils pour bien se lancer !

    Bonne lecture !

  2. Bonjour Léa,

    J’ai bien lu votre article concernant l’intérim en Suisse, son cadre légal et ses différentes spécificités.
    Cependant un point ne me semble pas assez approfondi, celui de l’exercice du droit d’option lors des inter-missions, période plus ou moins longue durant lesquelles le travailleur intérimaire peut légalement revenir sur son droit d’option.

    En effet vous précisez cette information extrêmement importante sans apporter plus de documentation officielle : textes, articles de lois. Pourriez-vous, de fait, revenir sur cette question essentielle pour nombre de travailleurs temporaires et y joindre toute la littérature officielle y afférant?

    Au plaisir de vous lire.

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