Caisse unique ou statu quo : le débat suisse sur l’assurance maladie s’est longtemps figé sur ce choix binaire. Pourtant, entre ces deux options, des cantons, des assureurs et des hôpitaux expérimentent déjà d’autres façons de faire. Ni révolution institutionnelle, ni immobilisme : voici trois pistes concrètes, actuellement testées sur le terrain, qui dessinent une troisième voie plus pragmatique.
Une gouvernance partagée : l’exemple de l’hôpital du Jura bernois
À Saint-Imier et à Moutier, un modèle inédit en Suisse est en cours de déploiement : le groupe de soins privé Swiss Medical Network, le canton de Berne et l’assureur Visana se partagent à parts égales la gouvernance de l’hôpital de l’arc jurassien. C’est la première fois qu’une caisse-maladie siège directement au conseil d’administration d’un établissement hospitalier (Helvicare).
Le principe change tout : plutôt que d’être rémunéré à l’acte, le personnel médical est rémunéré sur la base d’un forfait lié à la patientèle suivie. Ce modèle est similaire de celui des réseaux de soins intégrés (HMO). Chaque assuré passe d’abord par un médecin généraliste, qui coordonne ensuite l’accès aux spécialistes du réseau. L’acte médical devient un coût à gérer plutôt qu’un revenu à maximiser. En théorie, le personnel médical a un intérêt économique à maintenir sa patientèle en bonne santé au meilleur coût. Ainsi, les actes redondants sont découragés et la prévention valorisée.
L’expérience n’est pas sans risques : conflit d’intérêt potentiel entre l’assureur-copropriétaire et les soins prodigués, tentation de rationner les traitements coûteux. Néanmoins, elle illustre le pragmatisme permis par le fédéralisme suisse : commencer par tester localement des modèles alternatifs plutôt que d’imposer une réforme unique à l’échelle du pays.
Une transparence tarifaire stricte
Alors que la gouvernance partagée cherche à limiter les incitatifs pervers de facturation, l’actualité récente montre à quel point le système actuel en souffre. Depuis le 1er janvier 2025, la FINMA exige des assureurs complémentaires d’améliorer la transparence sur la répartition des honoraires médicaux des cliniques privées entre base LAMal et complémentaire. Cette exigence a été à la source de plusieurs conflits tarifaires en Suisse romande.
En 2025 à Genève, des assureurs ont résilié leurs accords avec trois cliniques privées (les Grangettes, La Colline et l’Hôpital de la Tour) faute d’entente sur le modèle de facturation des honoraires (Léman Bleu). Les soins en clinique privée de patients assurés en complémentaire semi-privée ou privée n’ont alors plus été remboursés. Le patient en a parfois été informé juste avant une opération ou un accouchement (20 minutes). En 2026, des médecins aux tarifs de prestations complémentaires jugés excessifs restent non couverts par des assureurs. En juin 2026, une urologue vaudoise dénonce encore des refus de remboursement.
En effet, plusieurs modèles tarifaires coexistent, dont un, créé par l’Association des médecins de Genève (AMGe) facture « en bloc » intervention et suivi. Il est jugé trop opaque par certains assureurs. Un an et demi après l’échéance fixée par la FINMA, aucune solution durable n’a été trouvée, et le canton de Genève joue les médiateurs sans réel pouvoir de contrainte (Le Temps).
Cet épisode illustre une réalité que la caisse unique ne résoudrait pas d’un coup de baguette magique : la véritable dérive des coûts se joue dans l’opacité des tarifs médicaux, pas dans le nombre d’assureurs. Une supervision plus stricte et des modèles de facturation harmonisés, imposés secteur par secteur, semblent plus efficaces à court terme qu’une refonte totale de la gouvernance des caisses.
Faire participer les entreprises : les contrats collectifs
Une troisième piste, moins spectaculaire mais bien réelle, consiste à responsabiliser les employeurs. De plus en plus d’entreprises suisses souscrivent des contrats collectifs auprès des assureurs pour leurs employés, en particulier sur les couvertures complémentaires (LCA). Le mécanisme est simple : en prenant en charge tout ou partie de la prime d’assurance maladie de leurs employés, l’entreprise obtient des rabais sur la prime complémentaire pouvant atteindre 10%, le libre passage à l’assurance complémentaire sans questionnaire de santé, l’extension de la couverture aux autres membres de la famille, ou encore des réductions de cotisations sociales.
Pour que ce type de contrat constitue un véritable avantage social, une condition s’impose : que l’employeur participe financièrement à la prime. Cette solution ne concernait jusqu’ici que les salariés d’entreprises suffisamment grandes pour négocier de tels contrats. Ce ne sera bientôt plus le cas : nous avons été informés qu’une offre de « pool » accessible aux PME sera prochainement opérationnelle. Ce pool regroupera les salariés des PME participantes, leur permettant ainsi d’atteindre la taille critique nécessaire pour accéder à une offre collective.
Cette solution est très répandue dans les pays anglo-saxons, où elle sert à différencier les offres d’emploi des entreprises face à la concurrence — un enjeu d’autant plus important pour les entreprises suisses, qui ont besoin des meilleures compétences pour innover.
Cette participation des entreprises aux complémentaires collectives est d’ailleurs obligatoire en France.
Dans un contexte où un tiers des ménages romands dépendent déjà des subsides pour payer leur prime, chaque franc économisé par la voie contractuelle plutôt que fiscale allège d’autant la pression sur les particuliers et les finances publiques.
Une troisième voie, faite de petits pas
Aucune de ces trois pistes ne réglera seule la question des coûts de la santé, pas plus que ne le ferait la caisse unique. Mais mises bout à bout, elles dessinent une approche différente : expérimenter la gouvernance à l’échelle locale comme dans le Jura bernois, imposer une transparence tarifaire stricte pour éviter les dérives constatées dans des cantons romands, et mobiliser les entreprises via des contrats collectifs pour alléger la charge des ménages. Trois leviers activables dès aujourd’hui, sans attendre une hypothétique votation dans une décennie.
Le vrai défi n’est donc peut-être pas de choisir entre 44 assureurs ou un seul, mais de généraliser, canton par canton et secteur par secteur, les expériences qui fonctionnent déjà.
Quelles pistes vous semblent les plus prometteuses pour freiner la hausse de vos primes ? Venez en débattre sur notre forum.


Le débat sur l’assurance maladie en Suisse tourne toujours autour du même choix binaire : caisse unique ou statu quo. Mais sur le terrain, des cantons, des assureurs et des hôpitaux testent déjà d’autres pistes.
Dans notre dernier dossier, on décortique trois expériences bien réelles :
Un hôpital du Jura bernois où, fait inédit en Suisse, un assureur siège directement au conseil d’administration.
Pourquoi la transparence tarifaire est un levier clé, alors que des conflits entre assureurs et cliniques ont déjà privé des patients genevois de remboursement.
Les contrats collectifs d’entreprise, bientôt accessibles aux PME via un système de pool, avec jusqu’à 10% de rabais sur la complémentaire.
Quelle piste vous semble la plus prometteuse pour freiner la hausse de vos primes ? Votre entreprise propose-t-elle déjà un contrat collectif ?
Il faudrait mettre en place la