Assurance maladie : le contrat groupé s’ouvre aux PME

Mardi 29 septembre, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider annoncera les primes 2027. La presse dominicale anticipe une hausse de 4 à 5 % (Bluewin). Un chiffre de plus dans une série qui lasse. Pourtant, une nouveauté discrète pourrait changer la donne pour des milliers de salariés : les contrats groupés pluri-assurances, qui ouvrent aux PME un levier jusqu’ici réservé aux grands groupes, la participation de l’employeur à l’assurance maladie.

Mieux encore, les nouveaux contrats groupe “pool pluri-assurances” sont avantageux par rapport aux contrats collectifs classiques. Ils ajoutent de la flexibilité, de la modularité et un champ d’application élargi. Surprise : des employés de PME peuvent maintenant être mieux couverts que des employés de grandes entreprises…

Primes 2027 : la même scène, cinquième acte

Depuis 2023, l’automne ressemble à un rituel. Les hausses se succèdent (20 minutes) :

Année Hausse moyenne des primes
2023 +6,6 %
2024 +8,7 %
2025 +6,0 %
2026 +4,4 %
2027 ≈ +4 à 5 % (prévision, chiffre officiel le 29 septembre)

Selon Blick, la prime standard moyenne devrait franchir pour la première fois la barre des 400 francs par mois (Blick). Rien d’étonnant à ce que la santé reste la première préoccupation des Suisses : 45 % la citent en tête du Baromètre des préoccupations 2025 (UBS / swissinfo). Quant à l’effet modérateur du financement uniforme (EFAS), il n’est pas attendu avant 2028.

Les leviers individuels sont connus : franchise, modèle alternatif, changement de caisse avant le 30 novembre. Ils ont une limite : ils reposent entièrement sur l’assuré. Dans notre dossier Coût de l’assurance maladie : les pistes qui marchent déjà, nous évoquions une autre voie, faire participer les entreprises, et annoncions l’arrivée prochaine d’un « pool » pour les PME. Il se concrétise.

Le contrat collectif, un avantage resté l’apanage des grands

Le principe est simple : l’entreprise négocie un contrat avec un assureur pour ses collaborateurs et participe à leur prime. En échange, les salariés obtiennent des rabais sur les assurances complémentaires pouvant atteindre 10 %, un accès facilité aux complémentaires (sans questionnaire de santé ou avec des exigences allégées) et l’extension de ces conditions à leur famille (Helvicare).

Deux obstacles freinaient pourtant sa diffusion :

  • La taille critique. Seules les grandes entreprises ont assez d’employés pour bénéficier de conditions avantageuses.
  • La mosaïque de statuts. Un contrat classique est pensé pour un profil type. Or les entreprises suisses combinent souvent résidents, frontaliers et expatriés. La Suisse comptait 414 262 frontaliers fin juin 2026, avec une hausse de 2,8 % sur un an dans la région lémanique (OFS via Blick).

Contrats groupés pluri-assurances : comment ça marche

Le « pool » : la force du nombre pour les petites structures

Le dispositif regroupe les collaborateurs de plusieurs entreprises au sein d’un même contrat. Une PME qui souhaite contribuer à l’assurance de quelques collaborateurs profite ainsi du poids du pool pour permettre aux employés souhaités d’accéder à des conditions jusqu’ici réservées aux grands comptes.

« Pluri-assurances » : un cadre unique pour tous les profils

L’offre s’appuie sur deux assureurs aux spécialités complémentaires, SWICA et Global Health. Ensemble, ils proposent dans un même cadre des couvertures adaptées aux résidents, aux frontaliers (selon leur choix LAMal ou CMU), ainsi qu’aux expatriés et impatriés relevant d’une couverture internationale. Autre atout : la continuité de couverture est prévue lorsqu’un collaborateur change de situation.

Une participation de l’employeur, à la carte

C’est la condition pour intégrer le pool : l’entreprise paye toute la prime mais elle peut déduire du salaire le reste à charge de l’employé. L’entreprise garde donc la main sur le niveau de sa participation et son périmètre. Elle peut démarrer avec quelques collaborateurs, puis étendre le dispositif aux familles ou à d’autres groupes d’employés.

Contrat collectif classique Contrat groupé pluri-assurances
Taille d’entreprise Surtout les grandes entreprises PME comme grands groupes
Profils couverts Souvent limité aux résidents Résidents, frontaliers, expatriés, impatriés
Pouvoir de négociation Celui de l’entreprise seule Celui du groupe d’entreprises
Gestion Un contrat par assureur et par profil Un cadre unique
Contribution employeur Possible Condition d’accès

Ce que le dispositif ne fait pas

Journalisme de solution oblige, il faut aussi en poser les limites.

  • La prime LAMal reste encadrée par la loi. Les conditions préférentielles portent principalement sur les complémentaires. L’employeur peut en revanche participer au coût global de l’assurance de base de ses collaborateurs.
  • L’avantage est lié au contrat de travail. En cas de départ, la couverture est généralement transformée en contrat individuel.
  • Le traitement fiscal et social de la contribution patronale dépend de ses modalités : il doit être structuré en amont.
  • Il ne freine pas la hausse des coûts de la santé. Il en répartit autrement la charge, en l’allégeant pour les ménages.

Pourquoi maintenant : la santé comme argument de recrutement

Les talents clés restent convoités. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée a reculé d’environ 22 % en 2025, mais elle persiste dans la santé, la construction et la technologie (Adecco / Watson). Avec l’IA, l’attention se concentre sur quelques profils pointus, qu’il devient stratégique de retenir.

Un avantage visible chaque mois. Face à un concurrent qui propose un salaire plus élevé à un employé, une participation à l’assurance maladie offre autre chose : de la sécurité et de la reconnaissance. Pour l’entreprise, c’est aussi une charge plus prévisible que la surenchère salariale d’un concurrent.

Ailleurs, c’est la norme. En France, l’employeur doit proposer une complémentaire santé à tous ses salariés et en financer au moins 50 % (Service Public). Pour un candidat nouvel arrivant de France, une couverture santé d’entreprise est une attente, pas un bonus.

En Suisse, le levier reste sous-utilisé. L’assurance maladie y demeure perçue comme une affaire individuelle. Les entreprises qui s’en saisissent tôt se démarqueront nettement sur le marché de l’emploi.

Présentation publique le 8 octobre à Genève

Le dispositif sera présenté jeudi 8 octobre 2026 au Warwick Geneva (rue de Lausanne 14), par SWICA, Global Health et le courtier Helvicare. Au programme : accueil à 10h30, présentation à 11h, puis cocktail déjeunatoire et tables rondes entre dirigeants et responsables RH. Entrée libre sur inscription.

Une piste de plus, activable dès 2027

Les contrats groupés pluri-assurances ne régleront pas seuls la question des coûts de la santé. Mais ils illustrent la troisième voie défendue dans notre série : plutôt qu’attendre une réforme globale, mobiliser les acteurs qui ont intérêt à agir. Ici, des entreprises qui veulent retenir leurs talents et des salariés qui voient leur budget santé grimper chaque automne.

Votre employeur participe-t-il déjà à votre assurance maladie ? Dirigeant de PME, franchirez-vous le pas ? Venez en débattre sur notre forum.

Commentaires

  1. Bonjour à tous,

    A la veille de l’annonce des primes d’assurance maladie 2027, nous venons de publier un article sur un nouvel outil, inédit en Suisse : les contrats groupés pluri-assurances. Pour la première fois, les PME peuvent participer à l’assurance maladie de leurs employés, un avantage jusqu’ici réservé aux grands groupes.

    Mieux encore, les nouveaux contrats groupe “pool pluri-assurances” sont avantageux par rapport aux contrats collectifs classiques. Ils ajoutent de la flexibilité, de la modularité et un champ d’application élargi. Ils s’appliquent aux différents statuts des employés (résident, frontalier, expatrié ou impatrié) et aux changements de statut.

    Surprise : certains employés de PME peuvent maintenant être mieux couverts que des employés de grandes entreprises…

    La condition pour en bénéficier : que l’entreprise contribue à la prime. Autrement dit, ça passe par vos RH.

    Le timing s’y prête : les primes 2027 sont annoncées demain, avec une hausse attendue de 4 à 5 %. Et pour rappel, en France, l’employeur doit financer au moins 50 % de la mutuelle de ses salariés. En Suisse, rien ne l’y oblige. Dans d’autres pays, c’est courant dans les entreprises “techno”.

    Et vous, votre employeur participe-t-il déjà à votre assurance maladie ? Si vous aviez le choix, préféreriez-vous une participation à votre prime ou une augmentation de salaire équivalente ?

    Vos retours intéresseront ceux qui souhaitent lancer le sujet dans leur entreprise.

  2. Les résultats sont le même pour les employés car cette aide s’ajoutera à votre net imposable et sera fiscalisé.

    En France les entreprises ont l’obligation de financer la base CMU ainsi que la complémentaire qui est facultative en Suisse.

  3. Bonjour @FunnyDjo,
    Vous avez raison : ce n’est pas un cadeau fiscal. En Suisse, la part de prime payée par l’employeur est généralement imposable, comme un salaire.

    Il apparaît néanmoins que si l’employeur prend à sa charge directement TOUTE la prime pour TOUS ses employés, cette contribution n’apparaît dans les rubriques « hautes » du Certificat de Salaire (CS). Elle apparaît juste dans la rubrique « basse » Observation pour justifier l’absence de demande de déduction de prime maladie.

    Dans ce cas, il n’y a donc pas de fiscalité sur la prime ni de cotisation sociale sur la prime prise en charge par l’employeur.

    Dans les cas où il y a imposition, le « même résultat », peut être nuancé :

    1. C’est de l’argent en plus. Sur 5’000 fr. de primes prise en charge, un salarié imposé à 20 % paie environ 1’000 fr. d’impôt et garde 4’000 fr.

    2. Des avantages en plus. Rabais sur les complémentaires (8 à 10 % chez des assureurs voire 20% sur des cas spécifiques) et accès aux soins facilité, selon conditions sans questionnaire de santé.

    Côté France, nous sommes d’accord : la participation de l’employeur y est obligatoire. En Suisse, rien n’oblige l’employeur : c’est justement ce qui en fait un argument à l’embauche.

    En tout cas, c’est intéressant de noter que les employeurs ont des outils pour atténuer les effets de l’augmentation des primes sur leurs employés

  4. Bonjour,

    Sur Genève, mon employeur prend en charge la prime de base pour tous ses employés mais cette aide est bien fiscalisée.

    Est ce un retour basé sur des faits ou théoriques basé sur la loi ?

  5. Bonjour FunnyDjo,

    Comme je ne vois pas arriver de retour de @Tom.Boltshauser ,
    je suis allé chercher des infos.

    1- Tout d’abord un éclairage par l’AVS :

    Donc, si l’employeur paye les primes directement à la caisse, et le fait pour tous ses employés, pas de cotisation sur les primes.

    2- Un éclairage fiscal,

    Pas de trace de la LAMal, de plus. ce n’est pas une « autre prestation appréciable en argent » puisque la prime est payée directement à la caisse maladie par l’employeur (c’est une condition AVS).

    Bonjour @BaptisteGn , as tu un éclairage complémentaire ?

  6. Bonjour @Olivier, bonjour @FunnyDjo,

    Il faut séparer deux plans, parce que l’AVS et le fisc n’appliquent pas la même règle. C’est de là que vient la confusion dans ce fil.

    1. AVS et charges sociales : exonération possible, sous conditions

    Sur ce point, Olivier a raison. Les contributions de l’employeur aux primes d’assurance maladie et accidents du personnel ne font pas partie du salaire déterminant AVS, « à condition qu’elles soient versées directement à l’assureur et que tous les salariés soient traités de la même manière » (Mémento AVS 2.01, ch. 11). Dans ce cas, il n’y a pas de cotisations AVS/AI/APG, ni d’assurance chômage, puisqu’elle se calcule sur la même base. En revanche, si l’employeur verse une indemnité « assurance maladie » sur la fiche de paie, ou s’il la réserve à certains salariés, tout redevient soumis.

    2. Impôt : la participation est imposable

    Le droit fiscal n’est pas lié par la définition du salaire AVS. L’art. 17 LIFD (et l’art. 7 LHID pour les cantons) vise tous les revenus de l’activité dépendante, y compris les « autres avantages appréciables en argent ». Le fait que l’employeur paie directement la caisse ne change rien : c’est le salarié qui doit la prime, et l’employeur règle donc une dette personnelle de son employé. C’est l’exemple type de l’avantage imposable.

    Le Guide d’établissement du certificat de salaire (AFC/CSI) est explicite. Au chiffre 7 « Autres prestations », il faut déclarer « toutes les cotisations d’assurance de l’employeur en faveur de l’employé et de ses proches, comme les cotisations aux assurances-maladie ». Les seules exceptions sont la LAA obligatoire, les assurances collectives perte de gain maladie et la complémentaire LAA collective. La LAMal et les complémentaires LCA n’en font pas partie. Je ne connais aucun texte qui permette de mentionner ces primes seulement en rubrique 15 « Observations ». Ce que décrit FunnyDjo à Genève correspond donc bien à la règle.

    La contrepartie : comme la prime est imposée chez le salarié, il garde sa déduction pour primes d’assurance, dans les limites habituelles.

  7. Un grand merci @BaptisteGn , comme d’habitude… c’est clair et net.
    Un grand merci @FunnyDjo d’avoir détaillé le sujet

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